Marius Aurenti, du béton ciré millimétrique haute performance à la peinture Origine végétale
Le mardi 19 mai 2026, Lionel Ballet, dirigeant de Marius Aurenti, est intervenu à Valence lors de la soirée networking « L’urbanisme vivant », organisée par le club OPTEAMUM à L’Esprit M.
Animée par Bertrand Lazare, la rencontre réunissait des acteurs du bâtiment, de l’architecture et de l’entreprise autour des évolutions de la ville, des matériaux et des usages.
Cette intervention faisait notamment suite à l’obtention du prix de l’innovation de Rovaltain pour la peinture Origine végétale, une nouvelle gamme professionnelle développée par Marius Aurenti. Lionel Ballet est revenu sur l’histoire de l’entreprise, depuis ses premières activités liées à la protection urbaine jusqu’au développement de matières décoratives destinées aux espaces intérieurs et extérieurs.
L’échange a également permis d’aborder plusieurs innovations emblématiques de Marius Aurenti, notamment son béton ciré millimétrique, le nuancier Iris 234 et la peinture Origine végétale. Lionel Ballet est revenu sur leur développement, leur complémentarité et la manière dont ces solutions traduisent l’approche technique, esthétique et environnementale de l’entreprise.
Retrouvez ci-dessous l’échange entre Bertrand Lazare et Lionel Ballet, retranscrit à partir de leur intervention lors de cette soirée.
Bertrand Lazare
Lionel Ballet, pour commencer, qu’est-ce que Marius Aurenti ?
Lionel Ballet
« Marius Aurenti, c’est d’abord un nom du sud de la France. C’est une entreprise familiale qui a été créée à La Ciotat, à côté de Marseille, par Marius Aurenti, mon beau-père.
L’entreprise a commencé dans les années 80 sur un marché très concret : le nettoyage urbain. À cette époque, les villes changeaient. Les usines sortaient progressivement des centres-villes, les façades étaient souvent marquées par la pollution, et il y avait un vrai besoin de nettoyer, de restaurer, de protéger les surfaces.
Puis est arrivée la grande vague des graffitis et des tags. Nous sommes donc passés assez naturellement du nettoyage à la protection. Nettoyer une surface, c’est une chose ; faire en sorte qu’elle puisse résister aux agressions urbaines, c’en est une autre.
C’est ainsi que Marius Aurenti a développé, dans les années 80 et 90, parmi les premiers systèmes anti-graffitis en France. Cela nous a fait connaître au niveau national. Nous travaillions alors sur des marchés publics, avec des villes, des métros, des conseils généraux, sur des piles de ponts, des murs antibruit, des voiles béton, des ouvrages urbains exposés.
Cette origine est importante, parce qu’elle explique encore aujourd’hui notre rapport aux matériaux. Nous venons du terrain, de la protection, de la résistance, de la technique. »
Bertrand Lazare
Et comment passe-t-on de la protection anti-graffitis au béton ciré décoratif ?
Lionel Ballet
« À la fin des années 90, les architectes ont commencé à nous amener vers d’autres usages. Comme nous intervenions sur des bétons neufs ou anciens, il fallait parfois corriger des surfaces, reprendre des défauts, réparer des voiles béton.
C’est dans ce contexte que nous avons mis au point un mortier millimétrique. Au départ, c’était une solution technique de reprise et de finition. Puis nous nous sommes posé une question simple : si nos protections sont capables de résister à des agressions urbaines, pourquoi ne pourraient-elles pas protéger une matière décorative dans l’habitat, l’hôtellerie, les commerces ou les restaurants ?
C’est comme cela que le béton ciré millimétrique est né chez nous.
Il faut bien comprendre la différence. Le béton ciré traditionnel, au sens strict, renvoie plutôt à un dallage béton, à un ouvrage lourd. Ce n’est pas toujours adapté à un intérieur, à une salle de bains, à un meuble, à un escalier ou à un espace de retail.
Nous avons réussi à ramener cette esthétique du béton dans une épaisseur de 2 mm environ, c’est-à-dire l’épaisseur d’une pièce de deux euros. C’est très fin, mais c’est une vraie matière minérale, teintée dans la masse avec des pigments, composée de silices de quartz et de ciments haute performance.
Notre béton ciré millimétrique M700 atteint une résistance à la compression de 44 MPa. Ce chiffre est important, parce qu’il montre que l’on n’est pas seulement dans un effet décoratif. Nous sommes sur un matériau technique, conçu pour répondre à des usages exigeants.
C’est aussi cette maîtrise du système complet — mortier, primaire, mise en œuvre, protection, formation des artisans — qui nous permet de proposer une garantie anti-fissuration de 15 ans, dans le cadre du système Marius Aurenti et du respect des règles de mise en œuvre.
Ce petit matériau a profondément transformé notre entreprise. Nous sommes passés d’un monde très technique, celui de la protection urbaine, à un monde décoratif, celui de l’architecture intérieure, de la couleur et du geste artisanal.
Mais nous n’avons jamais quitté la technique. Faire un sol de restaurant, une salle de bains, un bassin de piscine ou un espace public en béton ciré millimétrique, c’est très exigeant. La décoration ne doit pas faire oublier la performance. »
Bertrand Lazare
Aujourd’hui, où se trouve l’entreprise ?
Lionel Ballet
« Aujourd’hui, Marius Aurenti est installée à Rovaltain, à proximité de la gare TGV, entre Valence et Romans. Nous sommes là depuis une quinzaine d’années.
Nous sommes une PME d’une trentaine de collaborateurs. Nous fabriquons des matières décoratives, nous formons des artisans, nous accompagnons des projets, et nous travaillons avec un réseau d’environ 250 artisans formés en France.
Ce qui nous intéresse, c’est le lien entre l’industrie et la main. Nos produits sont formulés, fabriqués, contrôlés ; mais leur expression finale dépend aussi du geste de l’artisan. Il y a une part d’interprétation, de sensibilité, presque d’artisanat d’art.
C’est aussi pour cela que nous avons développé un lieu comme La Parenthèse, le restaurant situé dans l’univers Marius Aurenti à Châteauneuf-sur-Isère. Ce n’est pas seulement un restaurant. C’est un lieu vivant, où l’on voit les matières en situation réelle. On comprend mieux une matière quand elle est habitée, quand elle est soumise à la lumière, à l’usage, au passage des clients. »
Bertrand Lazare
La Parenthèse est donc aussi une forme de showroom ?
Lionel Ballet
« Oui, mais un showroom vivant.
Un showroom classique montre des échantillons. C’est utile, bien sûr, mais cela reste partiel. À La Parenthèse, les sols, les murs, les matières, les couleurs sont dans un lieu réel. Les gens s’assoient, déjeunent, marchent, touchent, voient comment la matière réagit à la lumière, à la vie du lieu.
Cela correspond bien à notre manière de voir les matériaux. Nous ne fabriquons pas seulement des surfaces. Nous essayons de créer des ambiances, des lieux agréables à vivre, avec des matières justes, des couleurs cohérentes et une exigence technique réelle. »
Bertrand Lazare
Vous avez été invité ce soir notamment parce que Marius Aurenti a été récompensée pour une innovation : la peinture Origine végétale. Pourquoi une entreprise connue pour le béton ciré s’intéresse-t-elle à la peinture ?
Lionel Ballet
« Parce que lorsqu’on travaille la décoration d’un lieu, on ne peut pas regarder uniquement le sol ou une matière exceptionnelle. Il faut regarder l’ensemble : les sols, les murs, les finitions, les protections, la couleur.
La peinture reste le revêtement décoratif le plus utilisé. C’est souvent le premier geste dans un intérieur. C’est aussi le plus accessible économiquement. On ne peut pas mettre une matière haut de gamme partout, sur tous les murs, dans toutes les pièces. La peinture a donc un rôle essentiel dans la qualité d’un projet.
Nous sommes historiquement une entreprise de matières minérales : le ciment, la chaux, les silices, les pigments. Mais nous avons toujours travaillé aussi avec des systèmes de protection, donc avec une part de chimie organique. Le passage vers la peinture est finalement assez logique.
En entrant dans le monde de la peinture, nous avons constaté une chose : la plupart des peintures modernes restent très dépendantes de la pétrochimie. Les peintures acryliques, très largement utilisées, ont rendu beaucoup de services. Elles sont pratiques, elles sèchent vite, elles sont devenues très courantes. Mais elles restent majoritairement issues d’une chimie pétrosourcée.
Nous avons donc voulu chercher une autre voie. »
Bertrand Lazare
En quoi consiste cette autre voie ?
Lionel Ballet
« Nous avons travaillé autour des huiles végétales françaises, notamment le lin et le colza. L’idée était de retrouver quelque chose de l’esprit de la peinture à l’huile, mais avec les outils actuels de la chimie verte.
La peinture à l’huile traditionnelle avait de grandes qualités, mais aussi des limites : le temps de séchage, le jaunissement, la stabilité selon les formulations. Aujourd’hui, il est possible de transformer des huiles végétales en résines alkydes performantes. Ces résines deviennent alors des liants de très grande qualité pour fabriquer des peintures professionnelles.
C’est cette recherche qui a donné naissance à notre gamme Origine végétale, lancée au printemps 2026.
Le principe est simple : utiliser un liant très majoritairement issu du végétal, avec des huiles françaises, pour formuler une peinture professionnelle, performante, agréable à appliquer, avec de très faibles émissions de COV.
Nous avons aussi voulu inscrire cette gamme dans un cadre exigeant. La peinture Origine végétale est conçue pour répondre aux attentes des professionnels, mais aussi à des référentiels environnementaux reconnus, avec notamment le label NF Environnement pour les références concernées.
Ce point est important : nous ne voulons pas seulement tenir un discours environnemental. Nous voulons que les produits soient formulés, testés, évalués, et qu’ils puissent être comparés à des critères reconnus.
Ce n’est pas une peinture écologique fragile ou marginale. Ce n’est pas une peinture de niche que l’on fabriquerait soi-même dans un atelier. C’est une vraie peinture professionnelle, pensée pour les peintres, les architectes, les décorateurs, les entreprises du bâtiment et les maîtres d’ouvrage. »
Bertrand Lazare
Qu’est-ce que cela change concrètement ?
Lionel Ballet
« Cela change d’abord l’origine de la matière. Une part importante du liant ne vient plus du pétrole, mais du végétal. C’est déjà un changement de logique.
Cela change aussi le rapport au produit. Les artisans qui l’ont testée nous parlent d’une peinture agréable à appliquer, d’une texture plus noble, d’une odeur moins agressive, d’un meilleur confort de travail.
Et puis il y a le sujet de l’air intérieur. Une peinture peut être un polluant de l’air intérieur, notamment à travers les COV, les composés organiques volatils. Notre objectif a été de formuler des peintures avec des émissions très limitées, tout en gardant les performances attendues : opacité, résistance, lavabilité, tenue, qualité d’application.
Sur certaines formulations intérieures, les émissions de COV sont très faibles, avec des niveaux inférieurs à 1 g/L. Cela doit être dit avec rigueur : nous ne parlons pas de zéro émission, mais de niveaux extrêmement bas par rapport aux seuils admis pour les peintures murales intérieures.
C’est cela qui nous intéresse : ne pas opposer environnement et performance. Dans le bâtiment, une solution plus responsable ne peut pas être simplement vertueuse dans l’intention. Elle doit tenir sur les chantiers, être acceptée par les professionnels, répondre aux exigences d’usage. »
Bertrand Lazare
Vous avez lancé cette peinture à une date symbolique ?
Lionel Ballet
« Oui, nous l’avons lancée le 21 mars, au moment du printemps. Pour une peinture appelée Origine végétale, c’était évidemment un symbole fort.
Mais le symbole ne suffit pas. Derrière, il fallait construire une vraie gamme, avec une vraie cohérence technique et esthétique.
Nous avons donc travaillé la peinture dans le prolongement de notre univers de matières et de couleurs. Chez Marius Aurenti, la couleur n’est pas un accessoire. C’est une partie essentielle de notre identité. »
Bertrand Lazare
Justement, comment travaillez-vous la couleur ?
Lionel Ballet
« Nous avons développé le nouveau nuancier Iris 234, qui rassemble 234 couleurs.
Ce nuancier n’est pas une simple collection de teintes. C’est une manière d’organiser notre rapport à la couleur. Nous ne voulons pas proposer toutes les couleurs possibles. Nous voulons proposer des couleurs qui ont du sens, qui dialoguent avec la matière, la lumière, les intérieurs, les façades, les paysages.
Notre culture vient beaucoup du minéral : les terres, les ocres, les chaux, les bétons, les pigments naturels, les paysages du sud, les nuances de Roussillon, les tons sourds, les couleurs qui vieillissent bien.
Avec Iris 234, nous avons voulu créer un nuancier capable d’accompagner à la fois nos bétons cirés millimétriques, nos enduits, nos chaux et notre peinture Origine végétale. L’objectif est que les architectes, les architectes d’intérieur, les artisans et les particuliers puissent construire des harmonies cohérentes entre les matières.
La couleur, pour nous, n’est pas seulement décorative. Elle participe au confort du lieu, à sa perception, à sa profondeur, à sa relation avec la lumière. »
Bertrand Lazare
On sent dans votre discours une volonté de relier technique, environnement et sensibilité. C’est cela, finalement, le sujet ?
Lionel Ballet
« Oui, c’est exactement cela.
Nous venons de la technique, et nous y tenons. Nous ne voulons pas faire de la décoration superficielle. Un matériau doit être beau, mais il doit aussi résister, protéger, durer, être utilisable par les professionnels.
C’est vrai pour le béton ciré millimétrique, avec ses performances mécaniques, sa résistance à la compression de 44 MPa et sa garantie anti-fissuration de 15 ans dans le cadre du système complet. C’est vrai aussi pour la peinture Origine végétale, avec ses faibles émissions de COV, son label NF Environnement et son exigence de performance professionnelle.
Mais la technique seule ne suffit pas. Les lieux que nous habitons, les restaurants, les hôtels, les maisons, les bureaux, les commerces, doivent aussi être sensibles, agréables, cohérents. La matière a un effet sur notre manière de vivre un espace.
Et aujourd’hui, il y a une troisième exigence : l’environnement. Nous ne pouvons plus concevoir les produits du bâtiment comme avant. Cela ne veut pas dire tout remplacer par des discours simplistes. Cela veut dire chercher, formuler, tester, mesurer, améliorer.
Avec Origine végétale, nous essayons de faire cela : proposer une peinture professionnelle qui réduise la dépendance à la pétrochimie, qui améliore le confort d’application, qui limite les émissions dans l’air intérieur, et qui reste au niveau de performance attendu par le bâtiment. »
Bertrand Lazare
En résumé, comment définiriez-vous Marius Aurenti aujourd’hui ?
Lionel Ballet
« Marius Aurenti est une entreprise qui transforme des savoir-faire techniques en matières décoratives pour l’architecture.
Nous venons du béton, de la protection, du terrain. Nous avons développé le béton ciré millimétrique, les chaux, les protections, les couleurs. Et aujourd’hui, avec Origine végétale, nous ajoutons une nouvelle étape : la peinture professionnelle issue en grande partie du végétal.
Notre ambition est assez simple : rendre la technique désirable. Faire des produits beaux, mais pas seulement beaux. Des produits qui ont du sens, qui tiennent dans le temps, qui respectent le travail des artisans, qui accompagnent les architectes et qui participent à des lieux plus justes. »
Bertrand Lazare
Merci Lionel Ballet, et bravo pour cette innovation.
Lionel Ballet
« Merci. Ce prix de l’innovation de Rovaltain nous touche parce qu’il reconnaît à la fois un travail de recherche, une démarche industrielle et une volonté de faire évoluer les matériaux du bâtiment.
Nous sommes une PME, nous ne prétendons pas tout changer seuls. Mais nous pensons qu’une entreprise comme la nôtre peut agir à son échelle : par la formulation, par la couleur, par la formation des artisans, par le dialogue avec les architectes, et par des produits qui cherchent à réconcilier performance, beauté et respect du vivant. »
Cette retranscription a été établie à partir d’une intervention orale de Lionel Ballet, dirigeant de Marius Aurenti, lors de la soirée OPTEAMUM du 19 mai 2026 à Valence, animée par Bertrand Lazare.
Le texte a été légèrement éditorialisé afin d’améliorer la lisibilité tout en conservant le ton, le sens et la structure de l’échange oral. Les données techniques mentionnées, notamment la résistance à la compression du béton ciré millimétrique Marius Aurenti, la garantie anti-fissuration de 15 ans, les émissions de COV et le label NF Environnement de la peinture Origine végétale, sont à lire dans le cadre des systèmes, références et conditions de mise en œuvre définis par Marius Aurenti.


