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Casa Tatuí à Comporta : quand le béton ciré épouse la lumière de l’Atlantique

Dans la région de Comporta, sur le littoral de l’Alentejo portugais, Casa Tatuí semble avoir toujours appartenu au paysage. Ses murs blancs à la chaux, ses structures en bois d’eucalyptus et sa couverture végétale reprennent le vocabulaire des anciennes cabanes de pêcheurs, sans jamais tomber dans la reconstitution folklorique.

Imaginée par la décoratrice et architecte d’intérieur portugaise Vera Iachia, la maison exprime une vision devenue emblématique de Comporta : une architecture simple en apparence, ouverte sur la nature et composée de matériaux laissés dans une forme de vérité.

Le béton ciré Marius Aurenti participe profondément à cette écriture. Il traverse les espaces intérieurs, se prolonge sur les terrasses et recouvre certains éléments de mobilier. Sa couleur, spécialement développée pour le projet, évolue du bleu au vert au fil des heures et de la lumière.

Projet : Casa Tatuí
Localisation publiée : région de Comporta, Portugal
Date de réalisation retenue : 2011
Architecture et décoration intérieure : Vera Iachia
Partenaire Marius Aurenti au Portugal : Atelier 51
Direction d’Atelier 51 : Raquel Pedro Marques
Matière : béton ciré Marius Aurenti et lasure minérale
Couleur : formulation spéciale avec patine bleue
Photographies : Nicolas Mathéus

Comporta, un paysage avant d’être un style

Située à un peu plus d’une heure au sud de Lisbonne, Comporta se déploie entre l’estuaire du Sado et l’océan Atlantique. Rizières, dunes, pinèdes et plages presque intactes composent un paysage horizontal où l’architecture reste longtemps basse, agricole et discrète. Présentation de la région de Comporta

Les constructions traditionnelles s’inspiraient des ressources disponibles : murs blanchis à la chaux, bois, roseaux, chaume et toitures végétales. Ces matériaux simples répondaient au climat tout en inscrivant les bâtiments dans leur environnement.

Vera Iachia fut l’une des premières à comprendre la valeur contemporaine de cette architecture vernaculaire. Dès les années 1990, elle imagine à Comporta des maisons inspirées des petites cabanes locales, composées de volumes indépendants, de façades claires et de couvertures végétales. Son travail contribuera à faire émerger ce qui sera ensuite désigné comme le « style Comporta ». Histoire des villas de Comporta

Le magazine Surface la présente même comme l’une des initiatrices de cette esthétique mêlant culture locale, simplicité rurale et influences internationales. Surface Magazine

Vera Iachia, une architecture intérieure ouverte sur le monde

Vera Iachia avait étudié et vécu à New York et à Paris avant de s’installer à Lisbonne. Son travail associait les traditions portugaises à un regard nourri de voyages, d’artisanats et de cultures lointaines.

Elle privilégiait les matériaux naturels, les objets patinés, les bois bruts, le rotin, le bambou et les textiles dont les irrégularités témoignent d’un geste humain. Ses intérieurs ne cherchaient pas la perfection industrielle. Ils construisaient une atmosphère faite de lumière, de matières et de souvenirs.

Casa Tatuí est l’une des expressions les plus abouties de cette démarche. La maison est pensée comme un refuge estival, dans lequel l’air, les ombres et les couleurs du paysage peuvent entrer librement.

Vera Iachia décrivait le projet comme une recherche de « tranquillité totale ». Elle expliquait également avoir utilisé des écrans et des trames en bois afin d’accentuer la lumière naturelle et d’installer une atmosphère sereine. Présentation de Casa Tatuí et reportage photographique

Une cabane de pêcheurs réinterprétée

L’architecture de Casa Tatuí reprend les formes élémentaires des maisons de pêcheurs : des volumes blancs, un toit végétal, une structure apparente et des ouvertures généreuses vers l’extérieur.

Les bois d’eucalyptus dessinent les charpentes, les claustras et les pergolas. En filtrant le soleil, ils projettent sur les sols des ombres qui se déplacent au cours de la journée. La maison change ainsi constamment d’aspect, sans qu’aucun décor supplémentaire soit nécessaire.

À l’intérieur, les murs blancs à la chaux captent et diffusent la lumière. Ils sont associés à des bois laissés naturels, à des assises tressées, à des fibres végétales et à un mobilier volontairement simple. Les matières paraissent provenir directement du paysage qui entoure la maison.

Les publications consacrées au projet ont très tôt relevé cette association entre les blancs, les bleus et les bois naturels. Dès août 2013, The Style Files souligne la fraîcheur créée par cette palette et la chaleur apportée par le bois. The Style Files, août 2013

Le béton ciré comme fil conducteur

Le béton ciré Marius Aurenti ne se limite pas ici à une pièce ou à une fonction. Il constitue le fil conducteur de la maison.

La matière accompagne :

  • les sols des salons et des espaces de circulation ;
  • la salle à manger et la cuisine ;
  • les salles de bains ;
  • le mobilier intégré de la cuisine ;
  • les plans de travail ;
  • les terrasses et les espaces extérieurs.

Cette continuité est essentielle à la perception du projet. Les pièces ne sont plus séparées par une succession de revêtements. Une même matière traverse les usages et conduit naturellement le regard vers l’extérieur.

À Casa Tatuí, la continuité n’est donc pas seulement esthétique. Elle exprime une manière d’habiter dans laquelle la maison, la terrasse et le paysage appartiennent à un même ensemble.

Une coloration développée spécialement pour la maison

La singularité du projet tient surtout à son travail colorimétrique. La teinte ne provenait pas d’un choix réalisé directement dans un nuancier. Elle a été développée sur mesure au cours d’échanges entre Vera Iachia, les équipes Marius Aurenti et leur partenaire portugais.

Une couleur de fond a d’abord été formulée et appliquée dans la masse. Une patine bleue réalisée avec une lasure minérale a ensuite été déposée sur la surface avant l’application du système de protection.

La superposition de ces différentes couches donne à la couleur une profondeur particulière. Le résultat ne se lit jamais comme un bleu uniforme ou comme un vert déterminé. Selon l’orientation du soleil, l’intensité lumineuse, les ombres des structures en bois et les couleurs du mobilier, la surface se déplace continuellement entre les deux tonalités.

Le sol peut apparaître vert d’eau le matin, plus bleu dans une zone ombragée, puis presque gris minéral lorsque la lumière devient plus rasante. Cette mobilité donne à la matière un caractère vivant.

Les photographies de Nicolas Mathéus rendent particulièrement bien ces transformations. Dans la salle à manger, les ombres linéaires de la toiture se posent sur le sol et accentuent ses variations. La matière devient alors presque aquatique, comme si la lumière de l’Atlantique avait pénétré dans la maison.

De la surface à l’ensemble du projet

La cuisine illustre cette conception globale. Le béton ciré ne recouvre pas uniquement le sol : il se retrouve sur le mobilier et les plans de travail, en dialogue avec les façades en bois clair et les murs blancs.

Une archive d’Atelier 51 identifie cette cuisine comme un projet conçu, construit et monté en 2011 en collaboration avec l’atelier Vera Iachia pour Casa Tatuí. Cette trace est actuellement l’élément public le plus précis permettant de dater le chantier. Archive Atelier 51 — cuisine de Casa Tatuí, Comporta, 2011

Dans les salles de bains, la matière assure également la continuité entre sols, volumes et équipements. Les publications internationales ont notamment relevé l’association entre les panneaux de bois blancs et le sol bleuté, qui installe une atmosphère fraîche sans rompre avec le reste de la maison.

À l’extérieur, la même écriture se poursuit sur les terrasses. La matière rencontre alors directement la végétation, les poteaux en bois et la lumière solaire. Ce prolongement efface la limite habituelle entre le dedans et le dehors.

Une coopération franco-portugaise

Casa Tatuí est aussi le résultat d’une collaboration entre plusieurs cultures du chantier.

Autour de Vera Iachia, des artisans français et portugais ont dû partager leurs connaissances et adapter les gestes de mise en œuvre aux conditions locales, aux supports, au climat et à l’ambition colorimétrique du projet.

Au Portugal, ce travail a été accompagné par Raquel Pedro Marques et Atelier 51, partenaire historique de Marius Aurenti. Atelier 51 est spécialisé dans les matières naturelles destinées à l’architecture intérieure : peintures et enduits à la chaux, argiles, tadelakt, pigments et microciments minéraux. L’entreprise représente aujourd’hui encore Marius Aurenti au Portugal et cite Vera Iachia Interior Design parmi ses collaborations. Atelier 51

Ce partenariat local a permis de dépasser la simple fourniture d’un matériau. Il a rendu possible un travail d’échantillonnage, d’ajustement des couleurs, de transmission technique et d’accompagnement des artisans sur place.

Une maison devenue une référence internationale

À partir de 2013, Casa Tatuí a largement circulé dans la presse et sur les plateformes internationales consacrées à l’architecture intérieure.

Le projet est publié par The Style Files en août 2013, puis par The Artisan Post en septembre de la même année. Ce dernier met déjà en avant l’équilibre entre les bleus, les blancs et la chaleur des bois ainsi que le jeu des ombres produit par la toiture. The Artisan Post, septembre 2013

Il est ensuite repris au Brésil en janvier 2014, puis dans de nombreux médias européens consacrés au design et aux maisons de villégiature. Les reportages photographiques ont contribué à faire de Casa Tatuí une référence de cette architecture de bord de mer à la fois sobre, artisanale et cosmopolite.

Cette diffusion dépasse la seule notoriété d’une belle maison. Elle témoigne de la justesse d’une proposition esthétique qui, plus de dix ans après sa réalisation, conserve toute sa force.

Un hommage à Vera Iachia

Disparue au début de l’année 2017, Vera Iachia a laissé une empreinte profonde sur l’identité architecturale de Comporta. Surface Magazine la décrivait en 2018 comme l’initiatrice et l’une des principales ambassadrices du « style Comporta ».

Pour Marius Aurenti, Casa Tatuí représente aussi le souvenir d’un dialogue suivi avec une créatrice attentive aux nuances les plus subtiles de la matière. Ces échanges avaient conduit au développement de couleurs particulières pour ses projets et même à la création d’une palette sur mesure.

Son travail montre qu’une couleur ne doit pas être pensée comme une valeur figée. Elle se construit dans sa relation avec la lumière, les matériaux voisins, le paysage et le temps.

La matière comme passage entre la maison et la nature

Casa Tatuí résume une ambition essentielle du béton ciré : créer une surface continue sans rendre les espaces uniformes.

La matière relie les pièces, les fonctions et les terrasses, mais elle reste sensible à chaque variation lumineuse. Sa patine bleue et verte répond aux murs blancs, aux bois d’eucalyptus, aux fibres végétales, aux rizières et à la proximité de l’océan.

Ici, le béton ciré n’imite ni la mer ni la nature. Il en partage le mouvement.

Casa Tatuí demeure ainsi une réalisation majeure dans l’histoire de Marius Aurenti : une maison dans laquelle la technique, la couleur et le geste artisanal s’effacent progressivement pour laisser place à une sensation de calme, de lumière et de continuité.

Nuancier de 87 couleurs pour le béton ciré Marius Aurenti

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